Note de mise en scène d’Invisibles

Le thème est tellement immense qu’il pourrait engloutir tout le propos dans une série de clichés. Le danger serait de se retrouver avec une myriade de témoignages très beaux et très touchants, et c’est justement ce qu’il faut éviter.

Alors comment rendre cette parole à la fois théâtrale et poétique ? Comment dépasser le traitement cinématographique pourtant si puissant ? Enfin comment donner corps à ces invisibles de manière évidente et sans artifices ?

D’abord il n’y a pas de leçon à donner, le spectateur est assez outillé pour voir, entendre et deviner les choses. Donc le travail sera surtout axé sur une mise en place de situations, dans un univers bien défini où le jeu des acteurs aura une importance centrale.

C’est dans cette configuration et dans un travail d’interactions très minutieux entre les interprètes que les situations offriront ces petites étincelles si précieuses au théâtre. Ce qui importe, c’est de voir vivre en direct ces chibanis, les voir se débrouiller avec leur quotidien, leurs petites habitudes, leurs manies, leurs phobies et tous ces réflexes conditionnés qui en disent tellement sur leur parcours.

Ensuite et plus en profondeur, il y a des fantômes, des voix qui rôdent autour.

Qui sont ils ? Que veulent ils ? Peut-être des frères, des mères, des ancêtres, des amours, des ennemis… Toutes ces voix sont là et demandent à être écoutées. Elles veulent elles aussi raconter des histoires, chanter une berceuse, parler la langue des ancêtres, et rappeler qu’il existe un passé puissant qui qui conditionne le présent et dessine l’avenir…

Cette dimension céleste sera importante pour illustrer toute la verticalité, le lyrisme du propos. Elle contribuera à insuffler une forte dose de vertige qui viendra contredire le côté terre-à-terre, le pragmatisme des personnages et participera à l’épaisseur du récit.

C’est dans ce va-et-vient et à la dialectique de ces deux dimensions que la mise en scène viendra trouver sa place.