IMMORTELS – Extrait 1

« Joachim : Il y a des jours tu te demandes ce que tu fous là, ce que tu fous sur cette terre, à quoi tu sers, le sens de cette vie, pourquoi tu te lèves tous les matins ? L’impression d’avoir un orage là-haut, bien planqué, une petite tempête au-dessus de ta tête, rien que pour toi, elle te crache à la gueule. Le ciel est bleu, il fait chaud, mais elle a décidé de te mettre des claques à te dévisser la mâchoire. La météo c’est dans la tête ! Pas un nuage à l’horizon, et dans mon crâne, des décharges électriques, la pluie glacée, la tempête de cauchemars… Toutes les nuits le même cauchemar, mon bras est coupé, je suis manchot, je suis gauche, déséquilibré, handicapé. Disparu à jamais, mon bras disparu dans les airs, le néant. J’essaie de comprendre, je le touche ce bras, il est là, mais je sens rien, la branche… disparue. Il me manque… Toute la famille amputée, les membres de la famille explosés. Un an jour pour jour, et cette histoire me revient en pleine gueule, voilà un an que je dors, un an que j’entends le sommeil en musique. Un sept janvier, mon frère Samuel s’est tué. Il est tombé d’un toit… Cette nuit-là, il était à un anniversaire avec ses amis, On l’a retrouvé au petit matin allongé par terre, sur le trottoir sans vie. Une personne l’a remarqué et à prévenu la police. D’après le rapport, il aurait glissé et fait une chute mortelle, un accident… Qu’est-ce-qu’il faisait là haut ? Personne ne le sait… Le rapport de police révèle aussi un taux d’alcool élevé dans le sang… Et tout ça, c’est des choses qui ne ressemblent pas à mon frère. Un truc qui ne va pas. Ca ne ressemble pas à Samuel. Il ne buvait pas. Sam ne buvait pas, pas une goutte d’alcool, pas une goutte. Il était allergique. Ses amis ont tous défilés un par un à la maison, Fausto son ami le plus proche et tous les autres, tous sous le choc de sa disparition. Depuis, c’est le silence. Ma mère a quitté la maison pour s’installer chez sa sœur, elle est devenue muette, elle ne répond que par « oui »… « non »… « je sais pas »… Elle ne mange plus. Elle n’a jamais pleuré, jamais prononcé son prénom. Mon père et moi, on la regardait disparaître sous nos yeux… je n’arrive pas à réaliser qu’il ne sera plus là. Je n’arrive pas à réaliser que je ne pourrai plus rire avec lui. Parler avec lui, entendre toutes ses conneries et ses blagues pas drôles. Tout le monde l’aimait beaucoup, l’adorait, un mec droit, jamais de problème, toujours beaucoup de monde autour de lui. Ce soir je suis seul comme d’habitude. Mon père lui… C’est le travail… Je le vois jamais. Il rentre tard, il repart tôt, tout est normal… »